Mercredi 29 juillet 3 29 /07 /Juil 14:41

Lexique Sexuel de Léo Polyphème

Mina - Ewe

 


                                                       Likuitchi
 :       Clitoris

                                                       Koto :              Sexe féminin

                                                       Mithomé :       Anus

                                                       Mônmôn :       Copuler




                                               Sabine caresse le Caniche - Kpalimé 2009 -



Extrait de « L’éducation sexuelle des jeunes filles en Afrique tropicale »

avec  annotations de Léo Polyphème

 

La mère éveille la fillette dès sa naissance à la sensualité. Le bain quotidien est le moment propice a cet éveil. Lors de ce bain la mère excite le clitoris au moyen d'un filet d'eau tiède qu'elle fait couler pendant une dizaine de minutes ; en même temps, la mère masse le clitoris et étire les petites lèvres. L'anus aussi reçoit un bain quotidien provoquant (comme c'est le cas pour le garçon), l'excitation de cette partie du corps.

Cette excitation est provoquée en vue de lutter contre la frigidité. Si pour les garçons, le premier bain permet de vérifier une éventuelle impuissance physique, pour les filles, il n'en est rien ; d'où le massage du clitoris et des petites lèvres afin de préserver la fillette d'une éventuelle frigidité, vue comme stérilité. L'excitation pendant le bain de la fillette se fait jusqu'à l'âge de trois a quatre ans. La mère génitrice est souvent remplacée par une sœur utérine plus âgée ou même par une co-épouse.

Nous avons vu maintes fois des fillettes âgées de quatre a sept ans éveillées à la sensualité de leur sexe par des adultes hommes. Ces fillettes sont assises sur les cuisses d'un vieux, et celui-ci, tout en bavardant avec elle ou avec un autre homme, excite de son petit doigt gauche le clitoris et les petites lèvres. Les fillettes se laissent faire et l'assemblée ne dit rien.

Cette excitation du clitoris et l'étirement des petites lèvres deviendra une véritable initiation vers l'âge de douze ans.

Après trois ans, la fillette rejoint le groupe des fillettes âgées de quatre a douze ans. Jeux et petits travaux de la case sont leurs occupations. Elles jouent avec de petites poupées qu'elles confectionnent avec des branches ou qu'elles se font acheter au marché: elles les portent sur le dos a l'instar de leur mère, dont elles imitent le rôle.

La mère s'occupe avec soin de sa fille lorsque celle-ci a ses premières règles. Elle Va lui donner surtout des conseils en relation avec la société: elle lui enseignera tous les interdits liés aux règles, lui apprendra a confectionner des linges cachant son état et à préparer des aliments spéciaux pour ces jours.

 

Les premières règles

C'est le moment où, pour la famille génitrice (Ajitô), la fillette passe dans le monde des adultes. Elle quitte le monde des enfants qui passent leur journée à jouer et à faire quelques petits travaux. Maintenant, elle devra participer pleinement à la vie de la famille: aller aux champs, préparer la nourriture pour toute la famille lorsque ce sera son tour, aller vendre les produits des champs au marché.

En définitive, elle acquiert le statut de femme et devra être respectée comme telle. Au contact de sa mère ou des autres femmes de la maison, elle apprend tout ce qui concerne le phénomène des règles : les interdits liés aux règles, les sanctions liées à la transgression de ces interdits liés aux règles. Elle apprendra à se retirer dans la case prévue pour les femmes ayant leurs règles, « la xô ».

Les premières règles sont l'occasion d'ouvrir la jeune fille à la connaissance de ce qui régit la vie de tout homme et spécialement des femmes. Les menstrues se disent « la ». Les premières règles se disent « sê la » - les règles de « Sê ». La mère ou une vieille femme de la famille raconte à la jeune fille devenue « yôkpô » (fille nubile), qui est Sê. II s'agit d'un guide, créature de Dada Sêgbô, placé auprès de chaque homme et de chaque femme pour les diriger et qui les suit partout. L'influence du Sê se poursuit tout au long de la vie. C'est donc le Sê qui ouvre le chemin de la vie à la jeune fille en lui donnant ses premières règles.

 

La pratique de l'étirement*

Le deuxième élément important de l’éducation sexuelle des jeunes filles concerne l'étirement des petites lèvres et du clitoris. Cet étirement mécanique nommé « yodindon », est pratiqué couramment dans la vallée de l'Ouémé  par les jeunes filles de douze à vingt-trois ans, avant le mariage, afin d'avoir un clitoris appelé « ananganta » (développé). Les femmes mariées pratiquent aussi cet étirement lorsque le mari trouve le clitoris trop petit ou pas assez excitant.

Les jeunes files pratiquent l'étirement dans la case de l'une d'elles, et surtout le soir, soit seules, soit à plusieurs. II leur faut une orange acide, appelée « danxomêgbo », une brindille de branche de palmier, appelée « xacucu » qui sert a percer l'orange et en retirer le jus, et un petit pagne qu'on roule en forme de nœud (pour s'assoir) appelé « kansunnun ». La jeune fille se sert uniquement de sa main gauche pour l'étirement. Elle s'enduit du jus sorti de l'orange, étire les petites lèvres, masse le clitoris et l'étire également. Cette pratique peut durer de dix minutes a une heure. Pendant les séances collectives, les plus âgées racontent des contes ayant trait aux effets de cet étirement : déboires des femmes vis-à-vis des hommes, déboires des hommes vis-à-vis des femmes, et avantages de cette pratique tant dans les relations entre hommes et femmes que dans sa pratique entre les femmes elles-mêmes.

La main gauche ayant servi a l'élongation du clitoris est porteuse de stérilité (d'impuissance) lorsqu'une femme, après l'étirement, met les doigts de cette main dans la bouche d'un garçon. Parfois certains garçons sont conviés a ces séances et y assistent. Certaines mères refusent à leur fille de pratiquer l'élongation en commun pour plusieurs raisons : la jeune fille apprend trop de choses sur la façon de se servir de son sexe ; aussi ces séances permettent à la fille d'entretenir des relations avec des garçons qui peuvent y assister.

Les femmes de cette région pratiquent l'élongation des petites lèvres et du clitoris en partie par réaction contre l'excision, qui était pratiquée par les groupes Yoruba venus s'installer dans la région. Les femmes veulent aussi égaler les hommes dans les jeux de l'amour. Certaines femmes nous ont dit qu'elles « faisaient jouir l'homme du fait de l'élongation du clitoris » et qu'elles maitrisaient la jouissance dans les relations sexuelles. D'autres femmes disent que, grâce à l'étirement des petites lèvres, elles peuvent interdire a l'homme l'accès du vagin : « Les petites lèvres ferment notre chemin ». L'élongation apparait ici comme un moyen de défense contre le pénis de l'homme qui veut la pénétrer. Pour certaines femmes, les petites lèvres élongées sont vues comme une sorte de préservatif.

 

*Sir Richard Francis Burton « Lettres à Monckton Milnes et communication à l’Anthropological Society of London » décrit de façon explicite la mutilation des parties génitales féminines, laquelle au royaume d’Abomey, consiste non pas en une excision, mais en une élongation : « Les parties en question portent ici le nom de « tou », et dès le plus jeune âge elles doivent être manipulées par des vieilles femmes expertes en cet art, comme cela se passe en Chine pour le postérieur des futures prostituées. Si on omet de le faire, les autres femmes tourneront en dérision et dénigreront la mère, qu’elles accuseront d’avoir négligé d’élever convenablement sa fille. Les étirements très accusés sont, paraît-il, fort prisés par les hommes … Impossible de prendre du  plaisir avec une femme sans « tou », affirme une croyance populaire ».


Une forme de libération

Aussi, faut-il voir dans ce phénomène le désir de la femme d'être libre de sa sexualité par rapport aux désirs de l'homme, de jouir et d'avoir des enfants. La femme, du fait de cette pratique particulière, a acquis une expérience sensuelle de la sexualité en se passant de rapports hétérosexuels. La jeune femme vierge, comme la mère, peut par ce procédé se libérer des contraintes d'une sexualité basée sur la puissance de 1' homme.

Il nous faut mentionner ici l'enseignement de moyens contraceptifs traditionnels, donné pendant les séances d'élongation des petites lèvres et du clitoris. Cet enseignement est donné par les plus âgées. Ainsi, toutes les jeunes filles arrivent à connaître les plantes, paroles efficaces et autres moyens qui les empêcheront d'être fécondées lors de rapports sexuels complets.

Pour les hommes, l'élongation des petites lèvres et du clitoris apporte un plaisir plus grand que dans le cas de non-élongation.* C'est ainsi qu'il y a des femmes mariées, non originaires de la région, qui doivent sur les instances de leur mari pratiquer cette coutume. Cette coutume est assez étendue dans la vallée de l'Ouémé ; nous avons consulté les sages-femmes des maternités d'état, qui nous ont dit que huit femmes sur dix avaient pratiqué l'élongation. En ville et dans les grands centres urbains, elle semble en régression, mais pas dans les villages de la vallée.

 

*W. H. Masters et V. E. Johnson « Les réactions sexuelles » écrivent a ce sujet : « Des récits rapportent que certaines tribus africaines mesurent la sexualité de la femme d'après la longueur du clitoris et l'hypertrophie labiale. Dans ce but, dès l'enfance, les femmes de ces tribus subissent des manipulations pendant un nombre d'heures incalculables pour stimuler le développement de cette érection artificielle. On a rapporté que ces filles obtenaient une hypertrophie évidente du clitoris et des petites lèvres, sinon au moment de leur puberté, du moins vers treize ou quatorze ans. Bien que l'hypertrophie par manipulation soit reconnue possible, ii n'y a pas d'informations sûres reliant directement l'hypertrophie à une sexualité particulièrement intense.

 

L'importance des seins

Le troisième élément important dans la sexualité féminine repose sur la sexualité découlant des caresses faites aux seins. Le rôle des seins dans la vie sexuelle féminine est important. A un premier niveau, la sensibilité féminine est centrée autour des seins dans son rôle maternel. L'enfant joue très souvent avec les seins de sa mère et spécialement le mamelon. A un second niveau, la sensualité féminine est entretenue par des caresses et des succions des mamelons entre femmes. Nous voyons très souvent des jeunes filles qui ont des jeux érotiques très beaux basés uniquement sur des caresses et des succions des seins.

Les seins, siège d'une grande partie de la sexualité féminine, sont aussi des critères de beauté non seulement pour les hommes mais aussi pour les femmes elles-mêmes. Chaque forme de seins porte un nom et il existe toute une littérature orale les concernant. Les jeunes filles entre elles peuvent envier les seins d'une telle ou faire des réflexions sur ceux des autres. Les garçons reprennent les dénominations des seins données par les jeunes filles et parlent d'une telle en fonction de ses seins. Les différentes formes de seins sont l'occasion de contes plaisants, soit en faveur d'une jeune flue courtisée, soit pour se moquer d'elle. La forme dite « kanon » appartient à la catégorie des seins naissant appelés « anonkuin », qui signifie graine de sein. Les jeunes filles n'aiment pas rester à ce stade et les hommes se moquent régulièrement de celles qui restent longtemps a ce stade. La forme dite « gonon », ou calebasse droite, est la forme préférée des hommes et des femmes, le critère esthétique le plus appréciée. La forme dite « dogbenon » correspond aux seins flasques et pendant très bas. Dès qu'une jeune femme a eu sa première maternité, ses seins ont tendance à prendre cette forme. D'où les mots dépréciatifs des hommes vis-à-vis du corps d'une jeune mère. Pour l'ensemble des hommes, la jeune mère a quitté le monde des jeunes files non seulement par sa maternité mais aussi par les critères de beauté que représentent ses seins.

Les seins sont les éléments primordiaux des préludes de l'amour entre hommes et femmes. Lorsqu'un homme désire avoir des relations sexuelles avec une jeune fille ou une jeune femme, il la complimente sur ses seins et tâche de les toucher, de les caresser. Si celle-ci accepte ce jeu, cela veut dire qu'elle accepte les désirs de l'homme et les futurs rapports par la suite. De même, une femme peut présenter ses seins à caresser à un homme: cela signifie qu'elle désire avoir des relations avec lui.

 

Scarifications et tatouages

Les scarifications et les tatouages sont aussi des éléments importants de la sexualité féminine ; ils apparaissent comme des éléments esthétiques de la beauté féminine. Sans rentrer dans une explication des tatouages et des scarifications, nous pouvons dire que beaucoup de femmes se font scarifier pour attirer les hommes.*

 

*Herskovits « Dahomey » : « La scarification se pratique en la présence du fiancé, et elle consiste à faire jusqu’à quatre-vingt incisions sur l’intérieur de chaque cuisse. La raison de cette mutilation est demeurée la même – une prétendue augmentation du plaisir sexuel pendant l’acte. On raconte que si une femme n’est pas marqué par trois entailles au moins, jamais elle ne pourra garder l’amour d’un homme ».


Arc 1


Arc 2

Par Polyphème
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