Mardi 1 septembre 2 01 /09 /Sep 16:10

Il y a 50 ans cette année, nous quittait,
pour se rendre certainement aux « Champs-Elyseum » du Poète Réfractaire,
un nommé Boris Vian.

Nous souhaitions lui rendre un hommage mérité
en publiant ci-après une nouvelle de 1953.




Drencula

 

Extraits du Journal de David Benson

 
                                                                         I

J
e me trouvais depuis une heure à peine dans le château du comte Drencula et déjà l’aspect sinistre de ce lieu faisait naître dans mon cœur les plus sombres pressentiments.

La demeure du comte s’élevait dans une des régions les plus sauvages de la grande forêt de Transylvanie qui projette à l’assaut des premiers contreforts des Carpathes ses hordes noires de grands pins d’Autriche et de mélèzes au front dédaigneux ; le château, tout en haut d’un éperon de roche, dominait un ravin profond, tout en bas duquel grondait un torrent mousseux.

Le comte avait prié l’étude d’avoué qui m’employait à Londres de lui déléguer un de ses représentants, afin, écrivait-il, de mettre en ordre certains importants ; j’avais dans mon portefeuille la copie de la réponse qui m’accréditait auprès de lui, et cette petite feuille blanche était la seule chose qui pût en l’occurrence dissiper quelque peu mon angoisse.

En effet, depuis une heure que j’avais franchi le seuil de l’austère bâtiment de pierre grise, pas une âme ne s’était offerte à mon regard. Seules quelques chauves-souris tournoyaient bizarrement dans l’air, peuplant de leurs cris aigres le silence oppressant, et il ne fallait rien moins que le souvenir de mon grand bureau lambrissé de Londres pour me remettre d’aplomb.

En parcourant, l’une après l’autre, les salles désertes, je finis néanmoins par découvrir, nichée derrière une tourelle carrée qui se dressait au Nord, une chambre où rugissait un feu de bûches. Un billet, placé sur une table, à côté d’un repas copieux, m’informait que le propriétaire, à la chasse depuis deux jours, s’excusait de me recevoir de façon aussi cavalière, me priant de m’établir du mieux que je le pouvais en attendant son retour.

Chose étrange, le côté mystérieux de l’affaire, loin d’accroître mes alarmes, les dissipa, et c’est le cœur léger que je soupai fort convenablement.

Puis, me déshabillant complètement, car la chaleur était étouffante, je m’allongeai devant le feu sur une immense peau d’ours noir qui conservait encore un léger parfum de fauve, ceci sans doute en raison des méthodes rudimentaires appliquées à sa conservation par les montagnards de l’endroit.


                                                                       II

Je fus tiré de ma torpeur par une sensation d’étouffement et par une autre sensation, celle-là parfaitement inconnue. Mon passé de célibataire rangé ne m’avait pas préparé sans doute à semblable expérience ; mais en même temps qu’un poids qui me parut considérable s’appuyait sur ma poitrine, j’avais l’impression que mon sexe entier se trouvait plongé dans une caverne chaude et singulièrement mobile, et qu’il retirait de cette excitation nouvelle pour lui un accroissement de force et de volume parfaitement anormal. Reprenant peu à peu conscience, je m’aperçus que mon nez et ma bouche étaient froissées par un duvet élastique ; une odeur particulière, un peu étourdissante emplissait mes narines et en levant les mains, je rencontrai deux globes lisses et soyeux qui frémirent à mon contact et se soulevèrent un peu ; ce sur quoi, percevant une certaine humidité sur ma lèvre supérieure, je léchai cette humidité et ma langue pénétra dans une fente charnue et brûlante qui entreprit à cet instant une longue série de contractions. J’aspirais le jus succulent qui me coulait maintenant dans la bouche et je me rendis compte alors que quelqu’un se tenait étendu sur moi de tout son long, tête-bêche, me rongeant le membre tandis que je lui rendais, de l’autre côté, la politesse ; moi, David Benson, j’étais en train de brouter l’organe d’une créature, et j’en tirais un plaisir extrême.

Cette constatation me frappa dans l’instant que, pris d’un violent transport, je laissai échapper une grande quantité de sperme, avalé aussitôt émis. En même temps, les cuisses qui m’enserraient la tête se raidirent ; je fis de mon mieux, plongeant et ramenant la langue aussi vite que je le pouvais, et j’absorbai tout ce que je pus tirer du calice exaspéré qui dansait contre ma bouche. Mes mains ne restaient pas inactives, parcourant de haut en bas la raie parfumée où mon nez quêtait un arome aphrodisiaque ; mes doigts pénétraient par instants dans une fosse différente et plus difficile d’accès.

- Je suis fichu, pensai-je. Le comte est un vampire et cette personne est à son service. Et voilà que je deviens vampire moi-même …

La créature, à ce moment, poussa un peu plus son cul contre mon nez et je sentis venir à l’assaut de mon menton une grosseur velue et dure. Tâtant l’objet, je reconnus qu’il se prolongeait par un membre raide et turgescent qui se démenait pour s’introduire dans ma bouche.

- Je rêve … pensai-je. Les deux sexes ne peuvent être réunis en une même personne.

Et, comme il faut profiter de ses rêves pour accroître son expérience, je suçai ce membre aussi bien que je le pus, ramenant ma langue vers mon palais pour lui faire parcourir le sillon qui partageait en deux le gland, car je voulais pousser à leur fin ces recherches topographiques. L’activité du vampire continuait autour de mon ventre, et je ne sais comment, aidé par un repliement que j’avais dû effectuer sans m’en rendre compte, il me léchait les bords du derrière avec une langue pointue et mobile comme une tête de serpent. Ma verge amollie reprenait vigueur à ce contact.

Une ultime élongation de la tige que je tétais avidement m’avertit d’un changement soudain et j’eus la bouche emplie de cinq à six giclées d’un sperme savoureux dont le goût de lessive laissait très vite la place à un arôme discret de truffe. Avant que j’aie eu le temps d’avaler tout, le vampire fit un retournement rapide et sa bouche se colla à la mienne, fouillant mes gencives et mon gosier pour récupérer les quelques filaments qui s’y trouvaient encore. Cependant, mon sexe envahissait un goulet torride et doux, tandis qu’une main légère, parvenue aux abords de mon anus, y faisait pénétrer un phalle encore timide, mais qui s’affermit de secousse en secousse, m’affolant des transports les plus vifs et les plus inattendus.

M’efforçant de reprendre conscience, j’eus le temps de réfléchir que c’était forcément un rêve, puisque le vagin qui, à la minute précédente, s’ouvrait entre l’anus et les testicules, se trouvait maintenant au-dessus de la verge, et je continuai d’en profiter. La bête me parcourait le visage de léchettes rapides et fugaces, près des yeux, des oreilles et des tempes, endroits que je n’eusse jamais supposés si sensibles. Il me venait une envie de voir cette créature, mais les lueurs mourantes du feu me permettaient à peine de distinguer une partie de son ombre qui se découpait à contre-jour sur la rougeur éteinte de l’âtre.

Mais ces réflexions furent arrêtées par une nouvelle vague de jouissance qui me saisit et je dardai un fleuve de liqueur au fond de l’étau qui m’étreignait le membre tandis que je sentais au plus profond de mes entrailles se répandre celle de mon succube. Crispant mes mains sur des seins aigus et durs au point que je sentais leurs mamelons vriller ma chair, je perdis connaissance, épuisé par des impressions aussi terribles et aussi fortes.



 

Le journal de David Benson s’arrêtait là. Ces quelques feuillets furent découverts près de son corps, aux environs du château inhabité de Radzaganyi, en Hongrie. David Benson avait été en partie dévoré par les bêtes féroces, qui, chose curieuse, s’étaient attaquées à son bas-ventre, complètement rongé, et avaient couvert son visage d’excréments et d’urine.









Nosferatu de Murnau - 1922 -




Par Polyphème
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