Carnet de Voyage
Courbet
Khalil-Bey, dont il est fait mention dans un article précédent*, fut connu pour
être, comme tout Dandy, particulièrement dispendieux de sa fortune. Pour sa collection personnelle de peintures érotiques (Celle-ci comptait entre
autres « le bain turc » d’Ingres), il commande à Courbet une toile connue aujourd’hui sous le nom « l’Origine ». On ignore encore qui lui attribua sa dénomination ultime. De
même qu’il paraît impossible de déterminer qui l’inspira.
L’Origine, trivialement intitulée le Vase par Courbet
À la mort de Khalil-Bey, sa collection de peintures
libertines fut dispersée, et les traces du tableau se perdent. Un savoureux racontar atteste de son acquisition par le procureur Pinard, celui-là même qui instruisit en 1857 les procès de
Baudelaire et Flaubert ... pour atteinte à la morale ! Piquant, mais infondé. (Il semble qu'en 1868, lors de la vente de la collection Khalil-Bey, l’antiquaire Antoine de la Narde en fit l’acquisition. Edmond de
Goncourt dit l'avoir vu ensuite chez un antiquaire en 1889, caché par un panneau peint d’un paysage enneigé représentant un château ou une église ...)
Toujours est-il que c’est ensuite par un aristocrate juif hongrois, le Baron Ferenc
Hatvany, que le Con Suprême fut racheté, peu avant 1914. Il restera donc à Budapest jusqu’en 1944, année durant laquelle l’Allemagne hitlérienne envahit le pays. Ensuite, l’œuvre ne fut pas
spoliée par les Nazis mais volée par les Soviétiques, qui l’extirpèrent illégalement – et au pied de biche – avec maints autres biens, du coffre-fort dans lequel elle avait été déposée dès 1942,
au moment de la promulgation des premières lois anti-juives.
Revenue après mille tribulations en France, (le
tableau est revendu plusieurs fois, toujours sous le manteau, en raison de son côté sulfureux et scandaleux ...) l’Origine fut enfin dénichée dans des circonstances qui, là aussi, sont loin d’être claires en 1955 par Lacan et son
épouse Sylvia, ex-Madame Georges Bataille.
La légende se cristallisa alors autour de ce chef-d’œuvre, plus oublié qu’inconnu, que le psychanalyste avait dissimulé derrière un paysage en trompe-l’œil de son beau-frère le surréaliste André Masson et qu’il découvrait avec délectation devant ses hôtes privilégiés, Picasso, Duras ...
Variation non-moins délectable