Carnet de Voyage

Aventurier, contrebandier, espion, trafiquant, architecte naval, écumeurs des mers, peintre, écrivain, Henry de Monfreid avait presque autant de noms qu'il avait d'activités, plus au moins légales, dans les eaux troubles du golf d'Aden. Pour les Arabes, dont il avait adopté la religion, le costume - pagne et turban - et la manière de vivre, il était Abd el Haï "l'esclave du vivant", ou "Cheitan "le diable"… Pour les Danakils enrôlés dans son équipage, il était tout simplement le nacouda, le capitaine…

 

 


Au même titre que Burton, Kipling et d’autres, Henry de Monfreid et moi nous fréquentons depuis si longtemps que je n'en suis plus le lecteur mais le confident. Il représente pour moi le type même de l’Aventurier, au sens bien entendu le plus élevé.


Où que je sois, où que je me trouve, ses ouvrages accompagnent fidèlement ma vie pour mon plus grand plaisir et profit. Henry de Monfreid appartient à cette race d’hommes à propos de laquelle on se pose toujours la question de savoir, s’ils sont un peu mythiques ou tout à fait réels…







L'Ecrivain au Travail





En Mer Rouge





Les voleurs de bois






Voici maintenant l’interview Henry de Monfreid

 

L.P. : Henry de Monfreid bonsoir

 

H.deM. : Bonsoir

 

L.P. : Je vais commencer cette interview par une question concernant la médiocrité et plus précisément,  le Médiocre est-il l’ennemi du bien ?

 

H.deM. : Naturellement, tout dépend de votre conception du bien ?

 

L.P. : Et de savoir où on le place ? Quoi qu’il en soit, faut-il combattre le Médiocre ?

 

H.deM. : Que voulez-vous faire, n’est-ce pas ? Les médiocres sont pléthores, le nombre des sots est infini « Stultorum numerus est infinitus »… Les combattre reviendrait à combattre une armée sans cesse renouvelée par des troupes fraîches. Cette société humaine engendre et livre un flux constant de médiocres. De plus, le médiocre à le droit de vote. Qui pensez-vous qu’il puisse voter si ce n’est pour un digne représentant de son espèce ? Du fait de leur très grand nombre, la règle des probabilités veut que l’on est cuit à l’avance. Il faut donc tenter de s’échapper d’une manière ou d’une autre si l’on veut pas faire partie du troupeau. Et pour moi ce fut l’aventure.

 

L.P. : Faites-vous l’apologie de l’autocratie

 

H.deM. : Certainement non, je n’ai aucune velléité de pouvoir absolu sur les crétins. Je laisse cela à ceux dont c’est la vocation, j’ai pour ma part des préoccupations de vie plus harmonieuses.

 

L.P. : Si toutefois un régime ou une conception politique devait recevoir votre suffrage , que serait-il ?

 

H.deM. :  Ma foi, même si la finalité de tout cela est de nous ramener au même point, qui n’a pas au cours de ses études, sans avoir pour autant fait ses humanités, entendu parler d’un âge d’or chez les anciens Grecs ? Epoque bienheureuse et bienfaisante où l’on sortait des champs les populations pour les amener au théâtre afin de les aider à cultiver autre chose que leur lopin de terre, voyez-vous ? Mais dans notre époque moderne, on a juger qu’il était préférable de crétiniser les masses pour les rendrent plus malléables, n’est-ce pas ?

 

L.P. : Périclès comme modèle ?

H.deM. : Il faudrait encore pouvoir poser la question à ses administrés… Ce brave homme était vraisemblablement un fidèle serviteur de l’expression de son temps puisqu’il reste, bien entendu,  associé à sa gloire. Mais que connait-on vraiment de lui ? Qu’il était un grand Orateur, qu’il était aussi Général, que la nature lui avait donné tous les dons de l’intelligence, qu’il n’était ni triste, ni farouche ; qu’à ses loisirs, il recevait quelques amis et se reposait de ses travaux en causant d’art avec Phidias, de littérature avec Euripide et Sophocle, de philosophie avec Protagoras, Anaxagoras ou Socrate. Il était tout cela et bien autre chose encore mais il fut surtout celui à qui le peuple, « dêmos », pouvait faire suffisamment confiance pour continuer d’appliquer les idées de Solon qui fut certainement le véritable père de cette Démocratie  Athénienne. Vous rendez-vous compte, qu’avant lui l’on pouvait impunément, du moment que l’on était bien né, il s’entend, asservir pour dettes de pauvres hères que la situation ne pouvait amener qu’à ce résultat.

 

L.P. : La République Française a elle aussi était dirigé par un Général…

 

H.deM. : Par un officier d’opérette ainsi que par un Maréchal à qui le premier a ôté toute gloire des livres d’Histoire… Périclès était Stratège ce qui signifie qu’il occupé le haut du panier, comme l’on pourrait dire. Mais malgré son incommensurable sagesse et toute l’ampleur de son génie, ce fut le peuple qui le maintenu. Comprenons-nous bien, il s’agit là d’une exception dans l’histoire et c’est vraisemblablement ce qui la rend si précieuse car il s’agissait d’un peuple éduqué, n’est-ce pas ? Pas ce ramassis de crétins qui acclamèrent l’officier d’opérette a qui vous faîtes allusion comme le Libérateur alors que nous avions à faire à un opportuniste de la première catégorie.


L.P. : Henry de Monfreid, nous arrivons maintenant au terme de la première partie de cet entretien. Je vous remercie et vous propose de nous retrouver ici-même très prochainement. Henry de Monfreid, bonsoir.

 

H.deM. : Oui bonsoir.

 

A suivre…

 

 

La Croisière du Hachich

La Croisière du Hachich - Edition de 1933 (Collection Polyphème)

 

 

 

Mer 4 nov 2009 Aucun commentaire